Ascension – Édition 10e anniversaire : le deckbuilding sans boosters ni coffre-fort

La boîte française d’Ascension – Édition anniversaire publiée par IELLO.

Grâce à ma fille de six ans, avec qui je joue actuellement à Lorcana dans une version simplifiée — mais j’y reviendrai prochainement dans un autre article —, j’avais envie de me remettre à un jeu de cartes de type deckbuilding.

Mais avec une condition essentielle : je voulais un vrai jeu complet. Pas un système nécessitant d’acheter dix mille boosters, avec l’infime espoir de tomber sur une carte à 70 000 euros qu’il faudrait ensuite cacher dans un coffre-fort.

Un détour par la Terre du Milieu

Mon premier réflexe fut d’aller jeter un œil sur Kickstarter, Gamefound et BackerKit. C’est parfois le chemin de la patience, mais aussi celui des découvertes inattendues.

Et justement, miracle : je suis tombé sur The Lord of the Rings: Ascension, un jeu de deckbuilding situé dans l’univers du Seigneur des Anneaux.

La coïncidence m’a semblé assez amusante puisque, au même moment, Magic: The Gathering retournait lui aussi en Terre du Milieu avec une extension consacrée au Hobbit, sortie le 14 août 2026. Deux manières très différentes de faire entrer Bilbo et ses compagnons dans nos paquets de cartes.

En parcourant la campagne Gamefound, j’ai découvert que ce futur jeu était dérivé d’un titre déjà bien connu : Ascension.

Le retour d’un classique du deckbuilding

Créé par Justin Gary, Ascension est sorti pour la première fois en 2010. Le jeu est né dans l’entourage de plusieurs passionnés de Magic: The Gathering, avec l’idée de retrouver le plaisir des combinaisons de cartes tout en supprimant l’aspect collection et la course permanente aux nouveaux boosters.

Pour ses dix ans, une édition remaniée a vu le jour en 2020, avec une nouvelle direction artistique ainsi que des cartes revues et rééquilibrées. C’est cette version que IELLO a publiée en français en juillet 2024.

Mes derniers achats chez IELLO m’avaient vraiment convaincu par leur qualité. Cette nouvelle édition partait donc déjà avec un bon a priori.

En bref : 1 à 4 joueurs · À partir de 10 ans · Environ 30 minutes · Créé par Justin Gary.


Une première partie en duo

À peine le jeu arrivé, nous l’avons rapidement essayé avec ma compagne.

Cela semblera peut-être étrange, mais nous n’étions pas spécialement amateurs de deckbuilding. Ma compagne encore moins que moi. Nous avions tenté l’expérience il y a une bonne dizaine d’années, sans être réellement convaincus.

Nous avions également joué quelque temps à Smash Up, avant de finir par tout revendre.

De mon côté, c’est vraiment Lorcana qui m’a donné envie de revenir vers ce genre de jeu.

Pendant que je glissais consciencieusement les cartes dans leurs protections, ma compagne parcourait les règles. Car oui, autant je peux lire pendant des heures des romans ou des livres de règles de jeu de rôle, autant je développe une allergie immédiate dès que l’on pose devant moi un livret de règles de jeu de société.

Chacun ses talents dans un couple.

Petite parenthèse sur les sleeves

J’ai eu l’occasion de tester plusieurs marques de protections pour cartes. Pour leur rapport qualité-prix, j’ai particulièrement apprécié les Elite Shield Premium Sleeves.

Les coins sont peut-être un peu tranchants, mais elles sont agréables au toucher et les cartes se mélangent facilement. Pour Ascension, les sleeves de 66 × 91 mm conviennent bien.

Et non, ceci n’est pas sponsorisé : mes cartes aiment simplement être bien habillées.

Paquet de protections Elite Shield Premium Sleeves au format 66 × 91 mm.
Les protections Elite Shield Premium Sleeves utilisées pour les cartes d’Ascension.

Comment se déroule une partie ?

Chaque joueur commence avec le même petit paquet de cartes très simples. Certaines produisent des Runes, qui permettent d’acquérir de nouvelles cartes, tandis que d’autres fournissent de la Force, utilisée pour vaincre les monstres.

Au centre de la table se trouve une rangée de six cartes accessible à tous les joueurs. Dès qu’une carte est achetée ou qu’un monstre est vaincu, elle est immédiatement remplacée. Le marché évolue donc constamment et oblige à adapter sa stratégie.

Une partie d’Ascension avec les six cartes du marché central et les cristaux d’Honneur.
Le marché central d’Ascension évolue après chaque acquisition ou monstre vaincu.

Les premières mains sont assez modestes. On achète quelques héros, on améliore doucement son paquet et l’on tente de préparer la suite.

Puis la partie monte rapidement en puissance.

Les nouvelles cartes rejoignent notre défausse avant de revenir dans notre main lors des prochains cycles du paquet. Petit à petit, les combinaisons deviennent plus efficaces et les tours prennent une tout autre ampleur.

On peut acquérir des héros appartenant à différentes factions, dont les capacités peuvent se combiner entre elles, mais aussi des artéfacts. Contrairement aux héros, ces derniers restent posés devant le joueur et produisent des effets permanents. Il en faut donc un peu plus pour s’en débarrasser…

Les monstres, quant à eux, ne rejoignent pas notre paquet. On les vainc grâce à la Force afin d’obtenir des points d’Honneur et, parfois, des effets supplémentaires.

Le but est simple : terminer la partie avec le plus grand nombre de points d’Honneur.

Mais le décompte final réserve une petite subtilité particulièrement savoureuse. Aux cristaux d’Honneur gagnés pendant la partie viennent s’ajouter les points imprimés sur toutes les cartes acquises.

Un joueur qui semblait confortablement installé en tête peut donc soudainement découvrir que son adversaire a construit un paquet beaucoup plus précieux qu’il n’y paraissait. Lors de notre partie, le résultat final s’est ainsi révélé bien plus serré que prévu.

Et cela, c’est vraiment amusant.

Des sensations venues de Magic

Le lien avec Magic: The Gathering se ressent dans certaines mécaniques : les factions, les effets qui se répondent, les artéfacts persistants et surtout le plaisir de construire progressivement un moteur de cartes capable de produire des tours de plus en plus puissants.

Mais Ascension reste beaucoup plus accessible.

Il n’y a aucun paquet à préparer avant la partie, aucune carte rare indispensable et aucune collection à entretenir. Tous les joueurs commencent avec les mêmes cartes et doivent composer avec un marché commun qui change sans arrêt.

Le cœur du jeu n’est d’ailleurs pas l’affrontement direct. On n’attaque pas réellement les autres joueurs : on participe surtout à une course aux points, tout en surveillant les cartes qu’ils pourraient convoiter.

Cette formule rend la partie dynamique sans la transformer en guerre ouverte autour de la table.

Un étrange mélange de science-fiction et de fantasy

J’ai également beaucoup aimé les illustrations. L’univers d’Ascension mélange une fantasy parfois très sombre avec des éléments presque mécaniques ou futuristes.

Toutes les cartes ne racontent pas forcément une histoire cohérente au premier regard, mais cette rencontre entre magie, monstres et science-fiction possède une vraie personnalité.

Mention spéciale à la carte Tueur de Démons, qui m’a immédiatement rappelé la redoutable Chasseuse de démons incarnée lors de notre partie d’Erune avec ma compagne et Tilaell, la semaine dernière.

Certaines rencontres vous poursuivent décidément d’un univers à l’autre.

La carte Tueur de Démons, héros du Néant dans Ascension.
Tueur de Démons : une carte qui rappelle notre Chasseuse de démons dans Erune.

Une question demeure : la rejouabilité

Après cette première partie, notre impression est franchement positive.

Le jeu est amusant, les mécaniques sont agréables et la montée en puissance fonctionne parfaitement. Surtout, nous avons immédiatement eu envie d’en rejouer une autre, ce qui reste probablement le meilleur signe possible.

Ma compagne a apprécié la partie, même si l’univers graphique n’est pas vraiment son truc. De mon côté, ce mélange de science-fiction et de fantasy me parle beaucoup plus.

Ma seule véritable interrogation concerne la rejouabilité sur le long terme.

Le marché central change à chaque partie, ce qui garantit déjà une certaine variété. Mais Ascension a connu une quinzaine d’extensions au fil de son histoire. Lors de la sortie française de cette édition, IELLO expliquait que leur éventuelle publication dépendrait de l’accueil réservé au jeu.

Deux ans plus tard, aucune extension française ne semble malheureusement avoir été annoncée. Je crains donc qu’elles n’arrivent jamais.

Aurais-je dû acheter le jeu en anglais ?

Peut-être. Mais mon ambition de départ était justement de posséder un jeu terminé, et non de me retrouver obligé d’acheter quinze extensions supplémentaires.

Finalement, c’est peut-être un mal pour un bien… surtout pour mon portefeuille.

Quand Ascension rencontre Joe Abercrombie

Dernier détail amusant : j’ai lu cette année Les Diables de Joe Abercrombie.

En découvrant la carte Lycanthrope Runique, j’ai immédiatement pensé à Vigga-la-Louve. Entre la pleine lune, les runes, les griffes et son air légèrement contrarié, la ressemblance était difficile à ignorer.

La carte Lycanthrope Runique, héros Lié à la vie dans Ascension.
Le Lycanthrope Runique, difficile à regarder sans penser à Vigga-la-Louve.

Premières impressions

Ascension – Édition 10e anniversaire constitue une excellente porte d’entrée dans le deckbuilding.

Les règles sont accessibles, les parties sont rapides, la progression est très satisfaisante et le décompte final peut réserver de vraies surprises. Il réussit surtout à retrouver une partie du plaisir de construction et de combinaison des jeux de cartes à collectionner, sans boosters, sans marché spéculatif et sans carte mythique à placer sous alarme.

Reste à voir si la boîte conservera toute sa fraîcheur après de nombreuses parties.

Mais pour le moment, une chose est certaine : elle va rapidement revenir sur notre table.


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