Les Diables : quand Joe Abercrombie transforme les monstres de Scooby-Doo en Suicide Squad

Couverture de The Devils de Joe Abercrombie, en format compact sur fond transparent

Imaginez les monstres d’un ancien épisode de Scooby-Doo — un vampire, une louve-garou, un nécromancien et un chevalier impossible à tuer — sauf que, cette fois, ils sont bien réels.

Confiez ensuite le casting aux studios Hammer, transformez cette joyeuse troupe en Suicide Squad médiévale et donnez les clés du récit à Joe Abercrombie.

Vous obtenez Les Diables, une quête aussi sanglante que drôle, portée par une troupe de monstres auxquels on finit par beaucoup trop s’attacher.

Cette chronique ne dévoile aucun retournement majeur de l’intrigue.

Couverture officielle britannique de The Devils, illustration de Will Staehle.

Une Europe médiévale passée de l’autre côté du miroir

Avec Les Diables, Joe Abercrombie abandonne le monde de La Première Loi pour nous entraîner dans une Europe médiévale complètement recomposée.

Les noms et les lieux nous sont familiers, mais l’Histoire semble avoir déraillé depuis longtemps. La religion dominante ressemble fortement au christianisme, mais dans une version largement féminisée : la Sauveuse a été suppliciée sur une roue, l’Église est dirigée par une papesse et de nombreuses fonctions religieuses sont occupées par des femmes.

Nous retrouvons donc des prêtres, des frères, des cardinaux, des papesses… et des Diables.

À l’est, les elfes ne ressemblent pas vraiment aux créatures gracieuses de Tolkien. Ils sont haïs, redoutés et considérés comme de redoutables conquérants capables de revenir dévorer l’Europe. La présence de Sunny au sein du groupe rend évidemment cette peur beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît.

Tout semble étrangement familier, mais toujours légèrement déformé. C’est précisément ce qui rend cet univers aussi plaisant à découvrir.

Asseoir une voleuse sur le trône de Troie

Le très malchanceux frère Diaz se retrouve nommé vicaire de la mystérieuse Chapelle des Saints Expédients.

Sa mission paraît simple : escorter Alex jusqu’à Troie et l’installer sur le trône.

Évidemment, rien n’est simple chez Abercrombie.

Alex est une pauvre fille des rues qui n’avait rien demandé à personne. Elle aurait certainement préféré continuer à voler pour survivre plutôt que de devenir la pièce centrale d’un gigantesque jeu religieux et politique.

Frère Diaz va pourtant devoir l’accompagner à travers l’Europe et la Méditerranée, notamment en passant par Venise, tout en évitant les assassins, les trahisons et les innombrables catastrophes qui semblent les attendre derrière chaque virage.

Pour les protéger, l’Église fait appel à une congrégation très particulière.

Quand le casting de la Hammer débarque

Nous avons Baptiste, une ancienne pirate capable d’exercer pratiquement tous les métiers ; Jakob de Thorn, un chevalier qui refuse obstinément de mourir ; le baron Rikard, un vampire ; Balthazar Sham Ivam Draxi, un nécromancien de renommée mondiale — surtout si vous lui posez la question ; Sunny, une elfe capable de disparaître ; et Vigga-la-Louve, une louve-garou nordique aussi dangereuse qu’imprévisible.

Ajoutez frère Diaz et Alex à cette troupe et vous obtenez une magnifique bande de bras cassés.

On pourrait presque sortir leurs fiches de personnages, lancer les dés et commencer une campagne de jeu de rôle. Chacun possède sa spécialité, ses secrets, ses faiblesses et une conception très personnelle de la morale.

Les voir essayer de coopérer constitue déjà une aventure en soi.

Des monstres terriblement humains

La plus grande force du récit ne réside pourtant pas uniquement dans son casting spectaculaire.

Joe Abercrombie réussit surtout à nous faire aimer des êtres que le monde considère comme inhumains et qui, parfois, ont réellement commis des actes monstrueux.

Le baron Rikard reste un vampire : son existence implique donc du sang humain et quelques cadavres. Vigga se laisse volontiers guider par ses instincts les plus primaires. Balthazar ne pratique pas exactement une magie réputée pour respecter le repos des défunts.

Abercrombie ne cherche pas à les transformer artificiellement en gentils héros. Il nous montre leurs crimes, leurs faiblesses, leurs querelles et leurs contradictions. Puis, presque sans que nous nous en rendions compte, il révèle aussi leurs blessures, leur loyauté et les quelques fragments d’humanité qu’ils conservent.

Et lorsque l’on découvre les ambitions de certains nobles ou religieux supposément respectables, on finit inévitablement par se demander qui sont réellement les Diables.

Vigga-la-Louve, mon immense coup de cœur

Parmi tous ces personnages, Vigga-la-Louve reste de très loin ma préférée.

Elle se comporte parfois davantage comme un animal que comme une humaine et se laisse aller sans la moindre honte à ses plus bas instincts. Elle devrait uniquement être terrifiante — et elle l’est réellement.

Pourtant, elle est également complètement adorable et attachante.

Vigga peut être brutale, drôle, tendre, inquiétante et imprévisible au cours d’une même scène. Joe Abercrombie réussit ainsi à transformer l’une des créatures les plus dangereuses du groupe en son personnage le plus irrésistible.

Pour moi, aucun doute : elle est la véritable star du récit.

Une campagne sans le moindre repos long

Le voyage jusqu’à Troie ressemble régulièrement à une immense campagne de jeu de rôle menée par un Maître du Donjon qui refuserait obstinément d’accorder le moindre repos long à ses joueurs.

Chaque étape apporte une nouvelle rencontre, une embuscade, une trahison ou une catastrophe. Le groupe traverse des villes, embarque sur des navires et se retrouve plongé dans des situations qui ressemblent parfois aux différents niveaux d’un gigantesque dungeon crawler.

Je pense notamment à un passage dans une abbaye entourée d’un cimetière. Entre l’atmosphère, les morts, la magie et les personnages présents, plusieurs scènes resteront longtemps gravées dans ma mémoire.

Mais promis : je n’en dirai pas davantage.

Malgré ce rythme effréné, le livre ne se résume jamais à une simple accumulation de combats. Ce sont surtout les relations entre les personnages, leurs disputes et leur évolution qui donnent toute sa force au voyage.

Le premier pas dans un monde gigantesque

Sans dévoiler la conclusion, la fin de Les Diables accomplit quelque chose que j’ai particulièrement apprécié.

Pendant une grande partie du roman, nous suivons une quête relativement précise : conduire Alex jusqu’à Troie et la placer sur le trône. Nous avançons presque comme dans une aventure autonome avec un groupe de héros, une destination et une succession d’obstacles.

Puis le rideau se lève.

Le monde devient soudain beaucoup plus vaste et les enjeux dépassent largement cette première expédition. La mission se termine, mais elle semble surtout avoir ouvert les portes d’une histoire beaucoup plus ambitieuse.

Ce récit constitue le premier tome d’une trilogie. Le deuxième, intitulé The Heretics, est prévu pour mai 2027.

Bien entendu, OrionOdin86 n’a pas attendu : son édition signée est déjà précommandée.

Le potentiel cinématographique du roman n’a d’ailleurs pas échappé à James Cameron. Sa société Lightstorm a acquis les droits d’adaptation et Cameron doit écrire le scénario avec Joe Abercrombie. Rien ne garantit encore que le film verra réellement le jour, mais cette association paraît presque trop parfaite.

En attendant la suite, je vous laisse admirer mon exemplaire anglais de la première édition de The Devils, signé par Joe Abercrombie.

Une pièce magnifique et un souvenir qui rend cette lecture encore un peu plus particulière à mes yeux.

Page de titre de la première édition anglaise de The Devils, signée par Joe Abercrombie
Mon exemplaire de la première édition anglaise de The Devils, signé par Joe Abercrombie.

Une réponse

  1. […] Plus précisément dans Les Diables, dont j’avais justement parlé dans ma chronique : Les Diables — Joe Abercrombie : entre Scooby-Doo et Suicide Squad. […]

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